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Un million d'années ...
![]() et le stage de 80 ans |
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Un
conte pour enfant ou le retour de la mémoire ? Texte de Thierry Vissac |
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Nous sommes essentiellement immortels ... ou presque. Je dirais un million d'années ... minimum. Mais ce n'est qu'une image pour évoquer l'éternité. Dans cette perspective, le spectre de la mort est inexistant. La mort n'existe pas. Et, dans le cours de ce million d'années, il nous est proposé un stage de plus ou moins 80 ans sur Terre. Un tout petit stage dans lequel nous finirons par être si impliqués, si investis dans les affaires usuelles de cette planète, que nous oublierons complètement que nous sommes en stage, réellement de passage. Le stage est rude, pour beaucoup. Les attachements sont forts. Le stage repose en partie sur la nature de l'oubli et le retour de la mémoire. Et, en fin de stage, la tendance est de résister au retour à la maison. Nous aurons pris le stage pour la maison.
Le sentiment du retour à la maison est pourtant ce que produit la fin du stage, une fois que la porte est franchie. Vous comprenez : il ne peut pas y avoir de sentiment de perte dans cette perspective ?
Je ne fais que raviver la mémoire de ceux d'entre nous qui ont oublié la réalité du stage, parce qu'ils sont pris dedans. Mais, le plus intéressant, c'est de ne pas passer à côté du stage et de son enseignement. Tout empressé à fuir la mort et à se protéger, à se battre et à se venger, le stagiaire pourrait être distrait de la valeur de son séjour sur terre. Il l'est souvent, d'ailleurs. Ce n'est pas faute de rappels, nombreux et diversifiés. Mais sa conscience est constamment mobilisée par des choses qui n'existent pas, des mirages, des captations éphémères et des instincts qui ne rendent pas hommage à sa vraie nature.
Terrorisé par la peur de perdre et de disparaître, il se précipite dans des gouffres de douleurs insondables, dans des combats féroces, dans des rôles de pacotille auxquels il accorde tant d'importance. Il cache son vrai visage derrière des masques et des mensonges. Il s'égare et n'entend plus grand chose, ni le murmure de sa vraie nature qui lui rappelle qui il est, ni les paroles de ses vrais amis qui tentent de raviver sa mémoire. Parfois, il comprend intellectuellement... mais n'y croit pas. Il préfère s'engouffrer, certain d'entendre la voix de la raison qui lui rappelle la nécessité de survivre et de se battre. En effet, quand le stage a été pris pour la maison, quand le début et la fin du stage sont les limites de sa propre existence, quand le néant guette, que pourrait-il faire d'autre ?
... sinon se rappeler qu'il est de passage.
Le stagiaire a un million d'années mais il se comporte souvent comme un garnement de cinq ou six ans, imperméable à tous les rappels. Pourtant, quoi qu'il fasse, il devra bien un jour ou l'autre, réaliser ce qu'il fait de ses stages.
Et, il a le temps. Un million d'années ! Certains disent même qu'il reviendra, s'il le faut.
Thierry |
© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .