La fin de la quête et la chute de  l'édifice spirituel 

 

Quelques mots de plus pour rappeler l'origine d'Istenqs.

La fin de la quête est une vision (plutôt qu'une idée) issue de la reconnaissance de la perfection de la vie.

Cette reconnaissance met fin à toute entreprise de perfectionnement de soi ou du monde selon des critères erronés et, par conséquent, à toute démarche cherchant à accéder à "autre chose" et, en particulier, au bonheur absolu que semble promettre l'illumination spirituelle.

Ces affirmations n'ont certainement rien pour plaire à un ego spirituel qui tente "de s'en sortir" sur la base de sa vision d'imperfection. L'ego spirituel peut envisager l'existence de Dieu (aussi longtemps que ce dernier ne marche pas sur ses plates-bandes) mais il aime aussi l'idée de "donner un coup de main" à ce Dieu pour finir le travail de cette Création qu'Il a apparemment laissé en plan.


L'ego spirituel a donc inventé le "paradis sur terre", les "pouvoirs", les "croisades" de toute sorte et toute forme de supériorité duelle (c'est-à-dire en opposition avec "ce qui est") qui semblent donner un peu de piment à cette existence inconfortable.


Ainsi, jusqu'à ce que "la fin de la quête" ne vienne faire écho dans notre coeur, il y a quelques gagnants et beaucoup de perdants. Il y a, selon l'expression consacrée : de nombreux appelés et peu d'élus.


C'est une perception élitiste et meurtrière. On peut découvrir la simplicité du Vivant en soi, dans ce qui s'anime ici, tout de suite, au coeur de notre Vie et qui est presque tout à fait muselé par l'arsenal spirituel de l'ego qui voudrait se faire aussi gros que le boeuf.


Cette perception est insidieuse et progresse derrière le masque de la spiritualité dans notre vie. La plupart des "chercheurs" à qui je parle portent le poids de cette amertume en eux, de ce sentiment de tourner en rond autour de quelque chose d'indéfinissable que tous les sages du monde semblent avoir exprimé avec tellement de succès ...que l'on ne sait plus de quoi il s'agit. En tous cas, si nous devions dessiner une image de ce que "nous devenons quand nous serons éveillés", elle ne ressemblerait en rien à celle que nous avons de nous-mêmes par nos yeux d'hommes en quête.


C'est à cet édifice, qui est comme un très haut donjon, qu'Istenqs "s'attaque". Nous sommes longtemps aux pieds de cette tour d'ivoire comme des petits pions noirs, la gorge nouée devant l'ampleur de l'ascension, armés des manuels de la quête, des descriptions somptueuses et pompeuses des sages de tous les temps. Nous voulons accéder à ce sommet des élus, à cette extase permanente qu'il promet, à ce statut prisé, cette puissance royale que l'éveillé semble posséder. Et, un jour, nous atterrissons sur Istenqs (qui est plus qu'un forum, car la fin de la quête demeurant partout ailleurs, si vous acceptez de l'héberger).


Ici, nous découvrons comment l'interprétation de l'ego a créé la quête. Comment ce voyage sans fin vers le sommet de la tour est une nouvelle crispation dans l'existence personnelle et comment l'Abandon nous en délivre, comment les descriptions de l'éveil spirituel nourrissent les cogitations de l'ego depuis toujours, et certains enseignants, plus ou moins volontairement sans doute, selon les cas, aiment à alimenter ces pensées (j'ai reçu hier le message de l'un d'entre eux qui s'est inscrit sur Istenqs pour "nous aider").


Nous ne sommes pas ici, pour améliorer quoi que ce soit, sinon cette vision erronée qui est à l'origine de toute souffrance (et de tout extrémisme, de tout intégrisme...). 

Ce qui est "Divin" est la capacité de l'être à communier simplement avec "ce qui est", comme le mouvement naturel de la Vie à l'intérieur d'elle-même, le flot de la Vie Divine. Cette communion est une Unité. Nous communions signifie en réalité "nous sommes ce qui est", jamais "en opposition" dans notre nature profonde. Le mental ne peut pas accueillir ces mots comme une bonne nouvelle parce que la quête est le sens de sa vie.

S'il n'y a rien d'autre que "ce qui est", à quoi bon vivre, n'est-ce pas ? 

Pour que cette "mauvaise nouvelle" ait un sens, il est certain qu'il nous faut "pénétrer" profondément "ce qui est", pour y Voir l'Intelligence, l'Amour, la Présence dont nous ne sommes pas les gestionnaires, mais que nous pouvons contempler joyeusement. C'est dans l'abandon de toutes ses prérogatives, même les plus "lumineuses", que l'ego peut céder le passage au Flot Vivant que nous sommes, qui nous porte, et dont nous n'avons que le devoir d'accompagner dans la joie, quoi qu'il se passe, tel que cela se passe...

Thierry

 

 

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2010