La « fin de la quête » et la chute de la tour d'ivoire
La fin de la quête est une vision (plutôt qu'une idée) issue de la reconnaissance de la perfection de la vie qui met fin à toute entreprise de perfectionnement de soi ou du monde selon des critères erronés, à toute démarche cherchant à accéder, en particulier, au bonheur absolu que semble promettre l'illumination spirituelle.
On peut découvrir la simplicité du Vivant en soi, dans ce qui s'anime ici, tout de suite, au coeur de notre Vie et qui est presque tout à fait muselé par l'arsenal spirituel de l'ego qui voudrait se faire aussi gros que le boeuf. Cette perception est insidieuse et progresse derrière le masque de la spiritualité dans notre vie. La plupart des "chercheurs" à qui je parle portent le poids de cette amertume en eux, de ce sentiment de tourner en rond autour de quelque chose d'indéfinissable que tous les sages du monde semblent avoir exprimé avec tellement de succès ... que l'on ne sait plus de quoi il s'agit.
C'est à cet édifice, ce très haut donjon, qu'Istenqs "s'attaque". Nous sommes longtemps aux pieds de cette tour d'ivoire comme des petits pions noirs, la gorge nouée devant l'ampleur de l'ascension, armés des manuels de la quête, des descriptions somptueuses et pompeuses des sages de tous les temps. Nous voulons accéder à ce sommet des élus, à cette extase permanente qu'il promet, à ce statut prisé, cette puissance royale que l'éveillé semble posséder. Et, un jour, nous atterrissons sur Istenqs.
Ici, nous découvrons comment l'interprétation de l'ego a créé la quête. Comment ce voyage sans fin vers le sommet de la tour est une nouvelle crispation dans l'existence personnelle et comment l'Abandon nous en délivre, comment les descriptions de l'éveil spirituel nourrissent les cogitations de l'ego depuis toujours, et certains enseignants, plus ou moins volontairement sans doute, selon les cas, aiment à alimenter ces pensées.Ce qui est "Divin" est la capacité de l'être à communier simplement avec "ce qui est", comme le mouvement naturel de la Vie à l'intérieur d'elle-même, le flot de la Vie Divine. Cette communion est une Unité. Nous communions signifie en réalité "nous sommes ce qui est", pas "en opposition" dans notre nature profonde.
Pour que cette "mauvaise nouvelle" ait un sens, il est certain qu'il nous faut "pénétrer" profondément "ce qui est", pour y Voir l'Intelligence, l'Amour, la Présence dont nous ne sommes pas les gestionnaires, mais que nous pouvons contempler joyeusement. C'est dans l'abandon de toutes ses prérogatives, même les plus "lumineuses", que l'ego peut céder le passage au Flot Vivant que nous sommes, qui nous porte, et dont nous n'avons que le devoir d'accompagner dans la joie, quoi qu'il se passe, tel que cela se passe...
Thierry (2001)