... en éveil
Etre en éveil n'est pas cet état commun où nous nous disons "réveillés" alors que nous vivons en fait en automatique.
Etre en éveil est une présence à soi et à toute chose, une vision panoramique et "intuitive" de tout acte ou situation. C'est aussi la persistance du "sentiment d'éternité" et une "proximité" aux êtres et aux choses. C'est une Vision d'Unité, dans laquelle l'existence de l'autre est reconnue comme identique à la sienne et où "l'Oeuvre de Dieu" est visible à "l'oeil nu".
C'est alors l'émergence de l'Amour qui n'est pas induit par un comportement ou une parole. C'est aussi, comme une conséquence aléatoire au niveau de la "petite personne", une onde de clarté, de lumière qui pénètre l'être physique et psychologique depuis sa Source éternelle et produisant le sentiment d'expansion et de légèreté sans borne. Le fait que ces réalités produisent accessoirement une perception directe de la division, du faux, du mensonge et du "mal" est secondaire. C'est pourtant ce qui prime pour l'ego spirituel.
Le désir d'enseigner - qui devrait être un élan naturel et presque fortuit, non calculé et sans intérêt - est une récupération commune des premières ouvertures de la quête spirituelle. C'est aussi ce qui conduit souvent à se complaire sur un plateau d'expérience, dans la solidification d'une découverte qui demande pourtant, par nature, à continuer de grandir.
Dans certaines écoles Bouddhiste, l'éveillé doit passer quelques années en silence afin de le préserver de cette précipitation presque compulsive à enseigner, qui a toutes les formes de la sagesse mais qui présente pourtant un écueil éclairant sur les derniers bastion du "moi je".
C'est bien de la vision sans filtre de l'oeuvre de l'ego que naît l'impulsion de l'enseignement, par la profondeur de la proximité à l'autre qui inclut (sans le vouloir) les strates de construction qui gravitent autour de "l'existence pure". La reconnaissance de l'identique de mon sentiment d'exister avec celui de mon interlocuteur dévoile "en même temps" toutes les stratégies communes pour se cacher à soi-même. Les manières de dire ce qui est vu à ce moment là font les différentes écoles spirituelles. Mais ce dire n'est pas un jeu de l'ego. Vu de l'extérieur, c'est pourtant cette pointe de l'iceberg que l'ego aime à imiter, et faisant de cette conséquence fortuite de l'éveil un cheval de bataille qui perpétue insidieusement la division avec des airs d'unité.
Il faut oublier tout à fait l'enseignement. Celui-là viendra nous chercher si cela doit être ainsi mais trop de monde vient le chercher prématurément comme le pompon de l'éveil ou sa validation mensongère. "L'instinct" de l'éveillé n'est pas de "faire avancer" les autres. Il reste d'abord et avant tout "à l'oeuvre" en lui-même, et rencontrant éventuellement des occasions de dire. La place de l'enseignement doit être pénétrée "d'humilité" ou doit être tranchée nette. L'humilité n'est pas plus "à récupérer" d'ailleurs que le reste, elle est la "conscience profonde" du Néant Divin, dont je parlais par ailleurs, lequel dissout toute velléité de jouissance de l'ego spirituel et sa cascade de mensonges pieux.
C'est "tout petit en Dieu" que l'on commence à dire... Que l'on a rien à dire. Mais le fait de dire semble signifier le contraire et l'ego qui "veille" alentour est prompt à se saisir des branches qui pourraient le hisser aux sommets qu'il n'a a jamais tout à fait abandonnés.
Il est bon d'être en éveil. Mais il faut oublier tout à fait qu'il puisse y avoir des "avantages sociaux" à cela.
Thierry
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