Laisser être ...

 

« L'ouïe du coeur » aux aguets, considérons à nouveau ensemble ce qui semble n'être qu'une idée confuse pour le mental : l'Abandon.

Généralement, le lâcher prise, comme l'abandon dont je parle, est compris comme une "action volontaire". On dit facilement "Il faut que je parvienne à lâcher prise !". En "réalité", l'Abandon peut être vu comme une "non action" exemplaire, il est un laisser être

Voyons, autant que les mots peuvent le décrire, comment cela s'applique ... aux pensées, par exemple.


Le mental est un flot de pensées, il n'est rien d'autre, il n'est pas le récipient des pensées, il n'existe que par le flot de pensées. Ces pensées ne doivent pas "être acceptées" ou "réprimées" ou même "nourries", elles peuvent simplement être. Nous pouvons les laisser passer, sans attraction, ni répulsion. Ce voyage éphémère à travers la petite personne est leur nature, tout autre "relation" que nous entretenons avec elles est superflue et source de douleur.


Une pensée, pour celui qui l'observe, pourrait être actuellement : "Les attentats terroristes sont inacceptables !".


Il ne s'agit pas plus de réprimer cette pensée que de nourrir les arguments qui lui donnent "raison". Il ne s'agit pas de nier les sentiments que nous éprouvons "devant" les attentats, ni de les exacerber. Ils peuvent être, sans même une anticipation sur le fait qu'ils existeront peut-être toujours en nous, ou que nous "évoluerons" suffisamment pour qu'ils changent ou disparaissent.

Nous nous interrogeons parfois alors sur la "neutralité". Laisser être n'est donc pas "être neutre", puisque ce qui nous "traverse" existe toujours. 

Est-il possible d'être neutre devant un événement comme un attentat terroriste ?


L'ego et son serviteur le mental, selon la force que nous leur donnons, réagirons à cela, comme à toute chose. Les réactions dépendront des conditionnements, souvenirs, peurs etc. qui font leurs structures (comme le mental, l'ego n'est pas un récipient, il est constitué d'un agrégat de mémoires). On ne peut "stopper" les réactions. Mais le "on" en question n'est pas "les réactions", n'est pas l'ego ou le mental qui sont les formes transitoires auxquelles nous avons identifié "notre vie", notre "sentiment d'exister".


L'ego spirituel cherche à trouver la stratégie qui lui permettra de rendre les réactions acceptables (c'est le pieux mensonge de l'ego). La relation juste, c'est les laisse être.


Mais que faire de l'attitude spontanée de l'ego spirituel ? ll faut la laisser être également. Mais, encore une fois, et pour éclairer l'attention que je porte habituellement sur la rigueur et l'honnêteté, laisser être n'est pas réellement du laxisme, tout comme ce n'est pas de la complaisance. Laisser être  est l'attitude naturelle du Témoin. Ce n'est pas quelque chose qui s'éduque, cet Abandon est notre nature profonde.


Nous nous sommes réveillés un matin avec des "pensées noires". Laissons-les venir à nous, plutôt que d'en faire quelque chose comme nous croyons devoir le faire (que ce soit "mettre un couvercle" dessus ou les alimenter). Voyez ces pensées, soudain déliées de votre existence, comme si elles ne vous appartenaient pas (cela est la réalité fondamentale). Alors, il est possible de Voir. Le mental va tout de suite tenter de s'en emparer et de trouver des phrases et des explications. Voyons alors les pensées " qui expliquent" de la même manière. Voyons comment le sentiment d'être profondément lié à ces pensées peut même s'imposer à nouveau avec force. Puis laissez venir la pensée "Qui observe tout cela, alors ?" . Le mental n'aime pas cette pensée, elle implique qu'il y aurait un autre maître ...


Laisser être  est comme un grand sourire au dedans de Soi. Un sourire divin.


Thierry

 

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2010