La maladie
Q : Merci à ceux qui nous parlent de leur rapport à la maladie... c'est une confidence précieuse pour tous les autres membres du forum, je crois.
R : Le rapport à la maladie est le lien, l'attachement ou l'identification de l'être avec la forme (ici, le corps). Le rapport que nous "avons" avec la maladie est alors quelque part sur l'échelle entre "être malade" et "voir la maladie".
L'intensité des sensations, la perspective de la mort, le souvenir du bien-être rappellent bien sûr l'être à la forme, justifiant le lien.
La question du lien ne se pose même pas dans cette perception. Et le lien peut se distendre ou se renforcer.
Mais, si des cellules cancéreuses se développent dans un organe du corps, qui est malade ? les cellules ? l'organe ? l'être ?
La sensation douloureuse est la preuve et la raison du lien, mais la question que je pose s'adresse à l'être, au-delà du lien, au-delà de la maladie elle-même.
Si mon enfant est malade, est-ce que je ressens la sensation douloureuse ?oui, cela est possible. Mais cela ne me conduit pas à penser que cette sensation m'appartient ou que mon fils est un de mes organes.
C'est pourtant ce que nous faisons avec la maladie.
Encore une fois, la "raison" de cela est l'intensité de la sensation. Mais la sensation appartient au corps... jusqu'à ce que nous lui appartenions. La sensation appartient au corps et lorsque le corps cède, lorsqu'il s'épuise et
meurt, où vont la sensation et la vie ? partent-elles ensemble ? restent-elles ensemble ? La vie est-elle la sensation ? Si non, est-il
possible, tout en "vivant dans le corps", que la sensation ne prenne pas la place de la vie ?
La plupart des épreuves physiques sont vécues dans la tête, en comparaison avec "ce qui était" ou "ce qui aurait pu être" ou "ce qui devrait être". Lorsqu'une personne dynamique voit son énergie décliner, parfois le temps d'une maladie bénigne et de courte durée, elle a peur, elle craint d'avoir perdu quelque chose de vital. La simple perspective de la perte peut l'amener à des actions qui manifestent son opposition à "ce qui est" et, si elle regarde bien, à "ce qu'elle n'est pas".
Nous sommes la maladie autant que nous le voulons. Certaines personnes continuent à être actives avec de la fièvre quand d'autres sont alitées au premier signe de déséquilibre, poussant des râles de douleur. Mais il ne s'agit pas de faire l'effort d'être actif pendant la maladie mais plutôt de réaliser que ce "rapport" à la maladie est un lien mental. A partir de cette réalisation, l'être peut constater qu'il n'est pas la maladie ou qu'il est plus (+) que la maladie (et cela même et surtout "s'il doit mourir" de cette maladie).
Cette réalité de la vie enfermée dans la capsule de chair est à l'origine de la vision de la maladie. Si "je ne suis que ce corps", la maladie amène la déchéance, la perte. Nous sommes tous appelés un jour ou l'autre à quitter ce corps et ce moment sera parfait, comme tout autre. Le fait que le corps cède par la maladie ou par un événement jugé plus "sain" (est-ce que la vieillesse est une mort
saine ?) ne change rien à l'affaire, et l'âge du corps auquel cela se produit est sans importance. Nous ne sommes pas ici "pour durer le plus longtemps possible" mais trouver l'Eternel en un Instant (il suffit d'un seul)... et ne plus avoir peur.
Mais cette vision radicale est une perspective de Rappel sur laquelle nous reviendrons. En attendant, et comme l'ont exprimé E. et MP, je pense que votre témoignage sur la maladie, quelque part sur l'échelle mentionnée ci-dessus pourrait être une inspiration et un soutien pour chacun d'entre nous. Parce que nous ne parlons pas de nier la maladie plus que de s'y identifier.
Cela est "compréhensible" dans la Vision d'Unité qui résout le paradoxe par l'acceptation de tout ce qui est tout en n'étant rien de tout cela.
Nous sommes plus vastes que nous ne le croyons avec complaisance.
Fraternellement,
Thierry