Regard Conscient

 

 

 

                                                                                                                                                                                             

Le "regard conscient" est ce qui "fait" de nous un "être vivant". 

Etre vivant signifie que le jeu des actions/réactions, questions/réponses retrouve son sens et sa fraîcheur dans la Présence, alors qu'il s'est longtemps perdu dans la froide impulsivité de nos automatismes. Cela est synonyme de Joie.

Nous assistons parfois à des échanges qui, au-delà de leur intérêt superficiel, trahissent en profondeur un instinct de protection ou une quête compulsive d'affection plutôt qu'un acte conscient. Le fait que je parle d'instinct et de compulsion indique que je suis conscient qu'il s'agit de quelque chose qui peut sembler irrépressible. Pourtant, ce qui rend un automatisme irrépressible est justement le fait qu'il ne soit pas conscient (et donc automatique).

Etre conscient est un "acte" parce qu'il semble demander un effort. Ce qui nous semble le plus naturel est souvent ce qui nous est le plus habituel. Les automatismes constituent une grande partie des activités que nous considérons ainsi comme "naturelles".

Un automatisme peut être subtil (presque imperceptible), il n'en laisse pas moins une saveur de sécheresse et d'amertume sur le coeur (à laquelle nous pouvons être "habitués" au point de ne plus en être conscients). La reconnaissance de cette saveur est un aspect que le regard conscient peut révéler en premier lieu.

Nous pouvons dire les mots "qu'il faut", parler spirituellement et répondre avec mesure, quand le "coeur n'y est pas", la saveur de l'automatisme est détectable. Au contraire, nous pouvons être plus directs, moins "spirituellement corrects" et sentir que quelque chose s'ouvre en soi, qu'une bascule s'opère spontanément sur un espace vivant et joyeux. Mais nous pouvons tout autant être directs et à la fois inconscients. C'est même la pratique la plus courante.

Dans tous les cas de figure, qui ne peuvent tous être énumérés, si nous "attachons" notre attention à la forme du discours, et donc à la manière dont il va être reçu, nous le "détachons" du sens premier : ce que nous sommes/vivons réellement dans cet instant.

C'est pourquoi il nous semble que nous devions "réapprendre" à être le passage du Vivant.

La communication verbale ne se justifie que lorsqu'elle est authentique. Une expression authentique est une expression qui fait son chemin depuis l'méregence du sentiment jusqu'à la forme verbale qui en est une explication et une réduction inévitable. Cette réduction verbale est morte si elle n'est pas porteuse de la Vie qui l'a générée. Ainsi, comme nous avons pu le constater, le même mot peut être porteur de sens comme il peut en sembler tout à fait vide. Et le sens que nous lui trouvons (en entendant ce mot) est l'écho en soi de la Vie Divine dont nous sommes le bourgeonnement.

L'automatisme est parfois subtil : celui qui va à pêche à l'affection/reconnaissance, sous le prétexte fallacieux d'une recherche spirituelle (autrement dit : quand l'ego fait semblant de "se dépasser" quand il ne cherche en fait qu'à s'auto-perpétuer). Le regard conscient peut révéler la saveur particulière (amère) de la "pêche à l'affection". Par ces mots, je ne fais pas une critique de la "quête automatque d'affection", je propose en fait un moyen de réaliser le souhait de cette quête mais à contre-pieds de son chemin habituel. 

Pour répondre au désir profond de la "vie consciente", nous ne devons plus être les jouets, même "intelligents", de nos automatismes. Nous pouvons être "présents" à l'origine de notre expression, autrement dit, "être avec" ce qui nous anime.

Reconnaître les différents courants, les différentes saveurs de ces courants, est un jeu Divin. Quel goût à ma réponse ? est une question à se poser juste avant de l'écrire/la formuler, puisque c'est à ce moment précis que nous sommes en présence du courant qui la porte. Un pincement au coeur, une crispation dans la poitrine, une douleur dans le ventre, une irritation impérieuse, au niveau physiologique, correspondent à une émotion, un sentiment, un souvenir, une frustration, et sont prêts à se traduire sous des formes automatiques de rejet, de colère, de cynisme, de rébellion ou même de repli. Cet exercice ne prend pas de "temps", il est instantané, dépourvu de cogitation et d'analyse. Il est un mouvement de conscience "concentrique", alors que nous avons l'habitude de nous projeter par instinct vers l'extérieur, dans la défense, l'impulsivité, la parole "non réfléchie", la fuite verbale de ce que nous vivons vraiment dans cet instant précieux.

La quête d'affection automatique est perdue d'avance, elle fournit au mieux une pilule à effet limité. La Paix (que nous cherchons par ces apaisements sporadiques que produisent les témoignages d'affection/reconnaissance) est conjointe à la Conscience. Si Je suis conscient, Je suis complet. Si Je suis conscient, Je vis l'Amour et la Présence. Si Je suis conscient, la quête d'affection n'a plus à s'égarer dans des jeux de surface qui laissent toujours insatisfaits.

Bien sûr, nous nous oublierons encore dans nos absences, mais nous pouvons restaurer cette habitude réellement naturelle de la vie consciente, et nous le ferons avec Joie parce que les signes que cet "acte" est salutaire et joyeux nous apparaîtront aussitôt.

Il n'y a pas de plus grande joie que d'être le compagnon de l'intelligence de la vie.

Fraternellement,

Thierry

 

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2009