Développement personnel et spiritualité

   

Les méthodes de développement personnel répondent au besoin d'améliorer la vie personnelle.

La spiritualité pourrait être définie comme la conscience que nous ne sommes pas seulement une petite personne, avec ses attentes et ses illusions, et donc que nous ne pouvons plus être aveuglés par cette impasse qui consiste à courir après nos illusions. Le projet humain est plus vaste.

Dans l'approche spirituelle, le besoin d'améliorer quoi que ce soit ou la certitude d'obtenir le bonheur par les voies de la satisfaction personnelle doivent alors en grande partie céder la place.

Pourquoi ?  La structure personnelle bute toujours sur une limite car elle est une limite. Elle bute sur sa propre limite. Il n'y a pas d'expansion réelle sur le plan personnel.

L'expansion véritable que l'on pressent et à laquelle on aspire dans toutes nos démarches et nos efforts est au-delà du personnel et du relationnel (même si l'un et l'autre peuvent incidemment en bénéficier)

Il ne s'agit donc plus d'améliorer les relations ou le confort de l'existence personnelle (l"histoire de l'humanité montre que l'on y parvient pas) mais de réaliser notre véritable nature, libre d'attachements. C'est seulement dans cette conscience que se produit le passage vers l'oeuvre spirituelle (laquelle ne nie pas l'analyse psychologique mais l'englobe dans une perception plus large de la destinée humaine).

Le couple sur lequel beaucoup d'entre nous placent leur attention et leurs espoirs n'est pas une fin en soi. Il n'est pas l'objet de l'aboutissement.


Il peut donc se continuer ou se dissoudre, c'est égal dans ce regard. Parfois, il vaut mieux une rupture revitalisante que de tenter de réparer des schémas profondément ancrés dans la frustration et l'habitude. Faire durer une relation est égal à en changer tout le temps quand les bases sont les mêmes. Je ne nie pas en cela les jeux et les joies de la relation mais les replace dans le contexte de la fin de la course.

Quoi qu'il en soit, si la relation peut être un lieu d'expression de l'ouverture du coeur, elle n'en est pas vraiment la cause. Polariser l'attention sur un instrument de la quête personnelle pour accéder à l'éveil spirituel serait donc un peu décalé dans ce regard.

Dans un livre qui m'a été envoyé pour me présenter un travail sur le couple, je lis en conclusion une phrase des auteurs : "(...) faire durer le sentiment amoureux dans toute son intensité et de façon permanente". Je retrouve cette quête en filigrane de la démarche présentée dans le texte, même si l'évocation du spirituel est présente partout.

Vous avez sans doute compris à travers mes propos que cela constitue à mon sens un des noeuds de l'illusion. Le point de référence de l'être spirituel n'est plus l'intensité ni la durée, lesquels ne sont que des fantasmes. Et si je connais les exercices qui visent à restaurer le bonheur dans le couple et leur valeur ponctuelle ou occasionnelle, il reste que l'intention à l'origine de cet espoir est faussée. Il est en effet impossible de vivre les choses sur le plan personnel de manière "permanente".

La seule permanence que l'on puisse connaître est la permanence de l'accueil de ce qui est.

Notre regard, quand il atteint une certaine maturité, grandit vers l'acceptation de ce qui est, vers l'accueil des formes diverses de l'intelligence de la Vie, lesquelles ne respectent pas souvent nos principes, nos certitudes et nos plans. Notre regard se porte alors vers un champ plus vaste, dans lequel on se déleste de nos objectifs préfabriqués, de nos attentes ataviques, de nos plans de carrière. Il ne reste qu'une âme offerte à un Plan plus vaste (dans le sens de "non limité à l'histoire personnelle") qui ne peut être saisi par le mental. C'est alors l'expérience de l'Abandon.

Pour conclure : L'histoire personnelle, le couple, la profession, sont des espaces d'expression de la joie d'être vivant et non pas des causes de cette joie. La confusion sur ce point peut conduire à la frustration et au sentiment de tourner en rond que je trouve si répandu dans les cercles de "travail sur soi".

À suivre ...

Thierry

 

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2010