Les écueils du développement  personnel

L’analyse mentale qui limite le regard à ce que le mental peut appréhender, c’est-à-dire peu de choses.

Le désir d’améliorer sa vie personnelle ou de changer le monde qui sont des objectifs erronés.

L’analyse mentale donne une sécurité à l’ego, un cadre, une dualité rassurante, « bien et mal », ou « je suis sur la bonne voie » et « je suis sur la mauvaise voie ». Cette analyse peut jouer un rôle éphémère dans certains dialogues mais elle n’est pas une fin en elle-même. L’analyse permet de nommer ce que l’on a du mal à identifier en soi, les mécanismes, les habitudes, les certitudes héritées etc. Cela apporte un apaisement pour celui ou celle qui était dans la confusion de ce qui l’animait jusque-là. Mais le constat n’empêche pas de tourner en rond avec ces mêmes mécanismes. Parce que le regard doit grandir vers la possibilité d’un abandon des repères.

L’ego spirituel se sécurise assez bien de la pensée « j’ai vu mon ego », par exemple. Mais si l’on ne peut pas envisager que l’on existe hors du cadre de l’ego, cette pensée va finalement le nourrir.

Afin de découvrir l’existence hors du cadre et des repères de l’ego (que ces repères soient spirituels, thérapeutiques ou pas), il est nécessaire de s’approcher d’un espace plus vaste en soi que l’on apparente parfois à un vide ou même à la mort. Mais cette perception de l’espace réel de notre vie est une interprétation de l’ego.

La découverte de l’amplitude du Vivant permet de s’y abandonner sans que cela soit un effort ou un exercice.

Voilà pourquoi il y a un fossé réel entre la démarche de l’analyse et la nature de l’éveil spirituel. Le mental n’est pas un outil pour appréhender la Vie , même s’il peut très bien en devenir le serviteur.

Le désir d’améliorer sa vie personnelle ou de changer le monde dérive de l’écueil précédent. S’il est naturel que la première motivation des chercheurs soit de « se sentir mieux » ou de résoudre leurs problèmes personnels, il doit aussi y avoir une évolution vers l’élargissement du regard dont je viens de parler. Parce que la motivation essentielle, quelle que soit l’apparence qu’on lui donne, est en réalité de s’ouvrir à l’Intelligence de la Vie et non pas de lutter contre Elle, par le biais de notre intelligence limitée par ses repères, ses projections et ses attentes immatures.

La vie personnelle peut, incidemment, s’améliorer, parce qu’il est évident que le fait de rendre notre existence au flot vivant qui l’a créée est un bienfait à tous les niveaux. Mais ce n’est qu’un effet secondaire.

C’est pourquoi nous devons retrouver l’innocence plutôt qu’emmagasiner des connaissances et nous devons accueillir plutôt que contrôler. Le besoin de contrôler son existence est issu d’une interprétation erronée de la vie. Nous sommes en lutte contre une force que nous prenons pour un ennemi. La force de Vie est ce qui nous crée et nous porte. La seule amélioration réelle est celle qui provient d’un Abandon à l’Intelligence omniprésente de la Vie.

Voilà pourquoi il est important de replacer nos démarches dans une perspective moins mentale et moins personnelle. Une démarche spirituelle authentique n’est pas une négociation avec la Vie , elle est fondée sur la reconnaissance profonde que nous en sommes les bienheureux serviteurs plutôt que les maîtres ou  les victimes.

   
Thierry

   

 

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2010