La voie qui me convient... et la peur de grandir
Le choix d'une démarche spirituelle est souvent une le fruit d'une construction mentale.
On a beau dire : "Je cherche la voie qui me convient" ce choix est généralement fondé sur la peur, un moyen d'éviter quelque chose (la Réalité) plutôt qu'un moyen de trouver quelque chose (La Réalité). Chaque fois que nous nous pensons sur la voie qui nous convient, et en particulier "une voie qui nous convient", il peut être pertinent d'observer ce qui se joue en soi.
Le choix d'une démarche est toujours mental parce qu'un choix est toujours mental. À de rares exceptions, quelqu'un qui fait un choix est toujours "quelqu'un" et ce quelqu'un est ce que je désigne parfois par "la petite personne", celle-là même qui a créé la bulle de protection, de séparation et toutes les douleurs et peurs personnelles qui viennent avec.
Ce choix personnel, lorsqu'il rencontre un danger (un autre choix, par exemple), ferme le pont-levis et jette de l'huile bouillante sur tout ce qui s'approche ... tout en invoquant Dieu, à l'occasion. Le choix de la petite personne, aussi inspiré qu'il puisse paraître au premier abord, est un choix personnel par définition. Or, une quête spirituelle authentique conduit à une réalité impersonnelle que nous appelons de différents noms dans les traditions. Cette réalité est impersonnelle dans le sens où elle n'a rien à voir avec nos choix ainsi que toute l'illusion de la petite personne et sa volonté farouche de maintenir les structures de l'isolement.
Il n'y a pas de voie spirituelle. Il y a des choix plus ou moins inspirés qui n'ont rien à voir avec la Réalité qu'ils disent rechercher. La maternelle spirituelle n'est pas la fin de la quête. On y trouve des âmes en couches culotte qui font des choix de biberons avec des airs inspirés. Quel biberon apaisera mes larmes aujourd'hui ? et chacun exprime avec conviction le choix de son biberon tout en pleurant intérieurement sur le fait qu'un biberon en appelle un autre et que la quête est sans fin. L'étape "biberon" de la quête spirituelle est une étape qui fait partie du jeu mais quelque chose en nous tente de la faire durer bien au-delà des couches culotte.
La peur de grandir s'exprime au moins autant dans les milieux spirituels que partout ailleurs. En fait, le plus souvent, l'ego pense avoir trouvé une garderie sympathique dans une structure spirituelle. L'objectif plus ou moins conscient étant de se sécuriser plutôt que de prendre le risque de rencontrer le Réel. Et le biberon prend des noms ésotériques mais il reste un biberon. Le Réel est à l'origine et à la fin de toute quête. Le choix d'une voie spirituelle est la récupération par l'ego de l'Appel vers le Réel C'est un peu comme si une petite bulle d'oxygène apparaissait au fond de notre conscience et que, sur son chemin vers les niveaux conscients, elle était prise en otage par la peur qui en faisait tout autre chose que de l'oxygène, en tout cas rien qui fasse vraiment respirer.
L'impulsion Divine en soi est une bulle d'air. Elle appelle a prendre le risque de la Vie. Elle nous invite à découvrir notre véritable nature. Nous entendons tous cet Appel et nous y répondons tous... à travers le filtre de nos peurs et des croyances qui se sont construites autour. Ainsi, pour "trouver Dieu", nous rencontrons des êtres qui font du Yoga, qui deviennent hommes ou femmes d'affaire, qui pratiquent la méditation ou qui se consacrent presque exclusivement à l'acte sexuel, qui enseignent ou qui étudient etc. et tout cela n'ayant rien à voir avec l'objet de notre quête n'est pas un "problème" ... tant que nous n'en faisons pas "un choix déterminé".
J'enfonce le clou un petit peu fort ici, parce que cette option du "choix" m'apparaît comme l'écueil principal à l'écoute (et je parle, de manière ultime, de l'écoute de la Vie) et à la possibilité de grandir. Le "choix" est une sélection qui, pour quelqu'un qui vit sous le joug de l'ego et de la peur, est rarement un acte juste.
Mais tout cela ne signifie pas que nous ne devrions pas prendre de "directions relatives" dans notre existence. Non, j'évoque ici "la détermination terrorisée de l'ego dans ses orientations " qui est le plus souvent "un couvercle sur sa terreur de vivre" Tout cela prenant pourtant naissance avec l'Appel. Il est donc nécessaire de distinguer en soi ce qui nous sert de couvercle (de fermeture) de ce qui restaure "le passage que nous sommes" pour l'expression de la Réalité Divine. Ces mots espèrent réveiller "le courage de Vivre" chez ceux qui se sont laissé hypnotiser par la peur.
Je veux dire que "nous voulons tous grandir" et que "ce qui nous convient" nous maintient très souvent dans la mécanique de la séparation. Nous avons construit avec précision un système (parfois dit spirituel, parfois dit matérialiste) de protection qui produit dans notre existence l'opposé de ce à quoi nous aspirons vraiment. Sortons de sous nos couvercles... ce qui va en jaillir n'est peut-être pas un petit diable à ressort !
Fraternellement, Thierry