Non Dualité ?

 

 

 

 

Néo-védantisme à la dérive

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mouvement non-duel est investi par la peur. 

 

Les forums spécialisés sur Internet et certains commentaires à la sortie des Satsang donnent la mesure d'une douloureuse confusion qui règne dans cet enclos fermé. La confusion repose sur une terreur d'être qui tente de se travestir en accomplissement spirituel. Les victimes de la pensée non-duelle (c'est-à-dire, de la compréhension intellectuelle qu'elles ont de la non-dualité) connaissent par coeur tous les principes, toutes les formules qui servent alors la fuite de soi, dans une attitude "impersonnelle" qui s'avère être une coupure volontaire avec la condition humaine, troublante et mal-aimée.

 

À entendre certains des adeptes, il n'y a "plus personne", par exemple. Ce tour de passe-passe verbal ne parvient pourtant pas à cacher la crispation perceptible ni  les colères rentrées qui se bousculent derrière le paravent de l'équanimité et du mimétisme. Beaucoup clament haut et fort qu'ils sont en contact avec "ce qui est là". Mais "ce qui est là" est très souvent autre chose que "ce qui est là". Il est vrai que beaucoup d'enseignants, en utilisant une expression semblable, ne désignent en fait pas "ce qui est là", mais ce qui est derrière ce qui est vraiment là. Finalement, on n'y est jamais, tout en prétendant y être parce que le réel a toujours un R majuscule, il est toujours au-delà, et finit par perpétuer la distance, la séparation ... avec "ce qui est vraiment là". Certains s'inventent une Paix qui n'est jamais vraiment vécue, simplement parce qu'ils ont entendu "qu'elle est déjà là".

 

J'ai rencontré des dizaines d'adeptes de la non-dualité et la plus grande partie d'entre eux sont enfermés dans un système fallacieux de détachement, de spiritualité mentale, de négation et d'arrogance, possédant une maîtrise parfaite du langage tout en manifestant une grande réactivité à chaque fois que l'on approche de leur sensibilité.

 

Cette fuite pathétique et déchirante demande à être éclairée car la perspective non-duelle, dans son inspiration la plus pure, n'est pas une mascarade. Elle invite à l'abandon des masques. Les avantages apparents du masque non-duel sont dérisoires à l'égard de ce que la sagesse non-duelle désigne comme l'avènement d'une réalité vivante. 

 

Dans les cercles non-duels, l'émotion est un "no-man's land" gardé par d'austères cerveaux blindés.

Comment se produit un tel glissement ?

Après avoir subi les nombreux détours de la quête spirituelle, le chercheur, désespéré de n'être pas parvenu à éliminer ces émotions et ces tourments si envahissants, rencontre cette "pensée" qu'est devenue la non dualité, et qui lui offre un apaisement sous la forme d'un tranquillisant mental.

La question clé de l'adepte non-duel : "Qui suis-je ?" est ainsi  interprétée comme niant cette "humanité" troublante dont les chercheurs spirituels veulent compulsivement se défaire. 

Il ne s'agissait bien sûr pas d'exclure quoi que ce soit.  

Ne pas exclure ne signifie pas rester identifier mais nous devons comprendre que la volonté farouche d'ignorer un versant quelconque de l'existence est une fuite. Cela devient alors un jeu intellectuel. 

Il y a en fait "une voie du milieu". Le tourment de l'incarnation doit être accueilli, sans quoi nous ne faisons que nier une évidence qui se charge d'ailleurs de venir nous courtiser à tout instant.

La réponse à "Qui suis-je ?" peut inciter celui qui en fait un dialogue mental à entretenir une position de refus. Le comportement de cette victime de la spiritualité mentale cherche alors à ressembler à l'idée qu'elle se fait de la paix et de l'équanimité. Elle se conforme à des images mentales, des fantasmes.

Il suffit parfois d'aller serrer la main du petit bonhomme qui se cache derrière le paravent, pour retrouver une fraîcheur muselée... et un soulagement infini. Parce que ce qui est possible, là, tout de suite, c'est d'être avec ce qui est. Qui suis-je ? Celui qui accueille. Ce qui est accueilli n'est pas en cause. Jamais. Le chercheur, lui, veut créer des états particuliers et se met à distance ("je ne suis pas cela", "il n'y a personne") de ce qu'il n'aime pas. 

Être avec révèle la véritable nature de la non-dualité. Car si on peut affirmer qu'elle est "déjà là", il ne suffit pas de le dire sur un lit de fuite, de terreur et de mensonges pour que notre nature soit une réalité vivante.

Thierry

 

 

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2009