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Ici Se Termine Enfin

Notre Quête Spirituelle

 









Les conférenciers "à la mode"

Illusion et goût de la vérité

 

Thierry Vissac
 


 

 Je n’ai rien contre le rêve. Je comprends intimement ce qu’il a de tranquillisant. Mais la quête du rêve vient d’une incompréhension fondamentale sur le sens et les possibilités de notre vie et ouvre sur une superficialité généralisée. Nous vivons dans un monde désenchanté et la soif de rêve a envahi les courants spirituels contemporains.

Commençons par là : notre vie n’a de sens que si elle est en accord avec sa finalité. Nous ne sommes pas ici pour nous distraire en attendant la mort, par exemple. Ce n’est pas la finalité de l’existence. Nous ne sommes pas ici pour croire à des choses fascinantes sans rapport avec le réel. Nous ne sommes pas ici pour être subjugué par quelqu'un d'autre à qui nous voudrions ressembler ou de qui nous voudrions être aimé. Nous ne sommes pas non plus sur cette planète pour chercher à être aimé par les autres. Nous avons le droit de nous distraire, d’être fascinés et d’être en relation harmonieuse avec quelqu’un d’autre, mais ce ne sont pas les finalités spirituelles de nos existences.

Le conférencier, s’il s’aventure à évoquer ces quelques vérités et à les illustrer avec franchise dans le quotidien des chercheurs, n’aura pas un public nombreux. Les chercheurs, au 21° siècle comme au 20°, dans un héritage automatique, ont envie d’être fascinés avant tout. Le conférencier le plus fascinant gagne à être un peu exotique (l’accent indien ou québecois est un bonus), si possible jeune et charmant (le charisme est plus attirant que le contenu, entendre répéter des lieux communs de la spiritualité ne pose de problème à personne si ces critères sont respectés), il doit dire à chacun qu’il est une âme unique dans l’humanité, prête à transformer le monde.

Je m’étonnais de ce phénomène, lors de mes premières discussions avec les personnes que je rencontrais. Je ne suis plus surpris mais je croise toujours des personnes qui, m’ayant pourtant entendu sur cette quetion, viennent me présenter leur dernière trouvaille sur Internet ou au hasard d’un de leurs multiples stages, comme s’ils croyaient que j’allais devenir adepte de cette fascination collective pour les mirages.

Tout le monde préfère se sentir aimé. La finalité de l'existence est toujours altérée par cet instinct. Le guide spirituel finit toujours par être l’objet de cette quête. La demande n’est pas : « J’ai trouvé quelqu’un qui me parle de la vérité de mon existence » mais : « J’ai trouvé quelqu’un qui me séduit et va me fournir de l’amour ». Comme personne n’est jamais séduisant très longtemps (et pour cause, c’est la projection de notre rêve) et que personne ne peut nous donner l’amour exclusif auquel nous aspirons, la chute est assurée. Autant celle du conférencier (qui deviendra immanquablement le pire des gourous après avoir été un Sauveur), que celle des chercheurs.

Ce cycle d’ascensions et de chutes se répète depuis des siècles. Il est connu de tous depuis des décennies grâce aux médias et à Internet. Mais le manège continue de tourner.

C’est donc ainsi que vivent les humains. C’est ce qui anime les conférences de spiritualité, où des principes bien appris mais rarement vécus, par des personnes en pleine adolescence spirituelle, sont énoncés à la chaine. C’est ce qui donne de l’importance à l’illusion et minimise l’intérêt pour la vérité. C’est ce qui éveille l’espoir et attise la haine ensuite. Nos spiritualités sont prises dans ce cercle vicieux, elles sont malades de ces intensités contraires qui, à défaut de nous éclairer sur notre vie, peuvent lui donner un peu de piment.

Mais, pour ouvrir un peu les perspectives, je pose cette question : pourquoi la majorité est-elle toujours envoutée par l’illusion ? Qu’est-ce qui fait que le goût de la vérité est si souvent obscurci par les fascinations et les attirances éphémères ? Ce manque d’intérêt pour ce qui devrait pourtant nous appeler le plus fort est un sujet de méditation essentiel pour notre humanité.

Nous savons que nos passions et les désespoirs qui leur succèdent ne sont pas la vérité, qu’ils ne sont pas de bons conseillers. Notre âme a soif d’une vérité essentielle, elle ne veut pas nous voir reproduire jusque dans nos familles spirituelles la violence que nous avons tendance à dénoncer dans le monde, l’illusion politicienne que nous trouvons si navrante, les mascarades de la reconnaissance et du besoin pathologique de jouer des rôles trompeurs. La seconde question est donc : que dit notreâme ? Quelle vérité peut-elle nous révéler ? Avons-nous envie de l’entendre ? Elle n’est pas sur Youtube, ni chez le dernier conférencier à la mode. Elle se tient disponible au creux de notre être, intime et profonde, moins fascinante que touchante, plus secrète qu’ostentatoire, plus porteuse de vérités anciennes que de passions juvéniles, plus riche en révélation que stimulante en nouveaux attraits. Ce qui se tient à cet endroit nous parle d’une vérité dont nous avons tous besoin et qu’il serait bon de mettre en avant aujourd’hui, sans le bling bling des one-(wo)man show qui finissent toujours par trahir l’essentiel, même quand ils donnent l’impression d’en parler.

Je ne sais pas si vous le ressentez comme moi. Mais ce qui bouscule le monde aujourd’hui semble nous appeler à tourner la page du passé et en particulier de ces manèges qui tournent en rond depuis si longtemps… que nous devrions avoir réalisé leur vacuité. Le temps est à la découverte d'une nouvelle maturité spirituelle.

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