Le projet de réforme intérieure de l'humanité 

 Thierry Vissac (janvier 2012)

 


Notre société en déclin, autant dans les propositions alternatives que dans les courants politiques ou philosophiques conventionnels, n’offre pas la possibilité d’un renouveau réel. Elle ne sait que reproduire les schémas du passé, puisque le ressort de toutes les entreprises du monde reste le profit personnel. Cette pulsion/motivation première n’étant pas déracinée de nos projets, ils ne peuvent que ressembler à ceux du passé, et conduire aux mêmes impasses.

Une nouvelle civilisation doit se fonder sur le retour d’un certain nombre de valeurs essentielles qui ont été négligées ou perdues dans le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. J’ai appelé cette renaissance spirituelle « la spiritualité sans passé » (ou « spiritualité sans croyances »). Cette dernière ne peut advenir que sur la base d’une réforme intérieure de l’humain.  

En 2012, je souhaite placer toute mon attention et consacrer mes paroles et pensées à ce renouveau individuel et collectif, à une priorité trop longtemps négligée qui a pourtant le potentiel de transformer réellement notre façon de vivre ensemble.  

La réforme intérieure de l’humain est donc un préalable absolu à la naissance d’une nouvelle civilisation. Toute velléité de négliger ou de donner un second rôle à cette réforme intérieure ne pourra conduire qu’à l’échec de tout projet, même les plus novateurs en apparence. J’observe un véritable engouement pour les projets alternatifs, qui est une véritable inspiration, tout en déplorant le peu d’attention porté à la réforme intérieure de l’humain (même s’il arrive qu’elle soit inscrite quelque part sur le papier).  

Cette réforme vitale consiste à redonner sa place primordiale et naturelle à la « connaissance de soi » et à la « prise de responsabilité ». Un être humain qui ne vit pas « en conscience » sa vie intérieure, ne sait pas ce qu’il est, et ne sait pas ce qu’il fait. En conséquence, ses projets et entreprises sont fondés sur le néant ou la confusion. L’état du monde nous indique, sans qu’il soit besoin de rentrer dans le détail, la tragédie résultant d’une telle ignorance. Sans connaissance de soi, il ne peut prendre la responsabilité de ses actes, de ses erreurs, de ses errances, il peut même se croire dans la bonne voie tout au fond de ses impasses, ou nuire à l’humain en croyant chercher à le sauver, ou encore continuer à créer des ennemis « à l'extérieur », quand il est en fait son propre ennemi.  

L’être humain aujourd’hui comprend beaucoup de choses « par la tête », il a déjà lu ou entendu qu’un monde neuf ne peut se construire sur du vieux, mais bien peu de cette compréhension est descendu jusqu’à « l’entendement du cœur », jusqu’à son ventre, jusqu’à s’incarner dans son quotidien. Les intentions les plus louables sont vite confrontées aux pulsions, aux instincts, aux réflexes de l’ancien monde, même là où l’idée d’un monde nouveau était exprimée. Les projets les plus louables se fracassent rapidement sur le roc de l’ego. 

Il est absolument nécessaire de ne plus se précipiter dans des actions qui ne sont pas fondées avant tout sur la réforme intérieure de l’humanité. Agir autrement est un gâchis, une perte de temps et d’énergie. Nous devons prendre conscience de l’urgence à restaurer cette priorité dans notre vision d’une nouvelle civilisation. Et il faut le faire de manière concrète, attentive, et déterminée. Il n’est plus question d’en faire seulement une posture philosophique mais de comprendre que cette direction pour le regard conscient est un acte fort et pas seulement une belle pensée sans consistance. 

Je ne pourrai maintenant que parler dans ce sens, quitte à être à contre-courant de l’urgence à « faire à toute vitesse » qui pétrit notre monde. Le temps consacré à explorer la vie intérieure avant de reconstruire nos vies extérieures ne sera pas perdu. Il sera fondateur, régénérateur, dynamique, créatif.  

En même temps, le temps presse. Je ne peux donc qu’implorer les acteurs sincères de la réforme du monde de prendre la mesure de cette réforme intérieure de l’humain, de l’associer sans attendre à leurs projets. Je suis évidemment disponible pour exposer plus en détail les diverses facettes de cette vision (et en particulier les divers laboratoires déjà fondés dans ce sens, laboratoire de l'éducation, du féminin, du masculin, etc.). Je ne crains pas de confier que cette réforme me semble être le seul espoir pour l'humanité.

 

 

 

© Thierry Vissac 2001-2012