Thierry

À l'âge de 18 ans, la rencontre avec une pratique de méditation orientale a provoqué un premier réveil. Rien dans mon éducation ou mes aspirations conscientes n'aurait pu présager un effet aussi radical sur moi : une partie du poids se soulevait de mon coeur, une partie du voile semblait se déchirer. Ce monde que je jugeais violent et sans amour n'était peut-être pas tout ? Il me semblait entrevoir autre chose à quoi j'allais pouvoir accéder.

 

Quelques temps plus tard, alors que j’avais à peine 20 ans, j’ai rejoint une communauté spirituelle au centre de la France où j'ai fêté mon anniversaire dans une atmosphère qui a balayé la douleur d'être vivant qui restait sur mon coeur. J'ai passé plus d'un an dans cette atmosphère que j’ai ensuite quittée avec le désir de confronter à nouveau le monde et ses secrets. Ma vie avait retrouvé son sens et j’avais puisé une force nouvelle en moi.

 

La méditation régulière continuait de ponctuer mon quotidien. Elle était devenue un refuge de paix où mon corps et mon âme se sont ressourcés sans un écart pendant 17 ans.

 

À la suite d'un bref passage dans un monastère et un séjour de plusieurs années aux États-Unis, je suis devenu « instructeur de méditation» auprès d’un maître indien qui voulait faire de moi un des instruments de la « paix mondiale ». J’ai étudié avec enthousiamse le Veda, le Sanskrit, les Mantra et les Puja. Mon souffle s’est imprégné des fumées d’encens, mon esprit de la physique quantique et de l’espoir d’un monde nouveau. Pourtant, cette voie que je m’étais tracée de façon si claire vint à s’effondrer brutalement. Je ne l’ai pas quittée de mon plein gré, elle s’est détachée de moi par la force des choses, le choc de déceptions douloureuses, d’illusions perdues.

 

Je me suis retrouvé « à terre ». Et c’est en tombant du lit que je me suis réveillé. Dans les cendres de cet effondrement, de cette dévastation intérieure, mon cœur a vraiment fini par renaître, comme une braise oubliée derrière des façades dorées et des ébats superficiels. Le voile finissait de se déchirer.

 

Cet espoir lancinant d'un "autre que moi" et tous les artifices de ma quête se sont consumés laissant la place au silence. J’avais bien entrevu quelque chose mais toutes mes connaissances, mes pratiques avaient fini par former un fatras devant ma véritable nature. Dans l’effondrement de toutes ces constructions, alors que je croyais avoir tout perdu, jusqu'au sens même de la vie, je gagnais tout à coup la liberté d'être ce que je suis. C'est à partir de ce dénuement brutal que l'éveil spirituel, que je croyais auparavant fait de masques pathétiques, s'est révélé dans sa splendeur épurée. La tension de la quête laissait la place à un espace vivant d'ouverture d'où émergeait une "connaissance" non livresque, non mentale, de ma véritable nature et, du même coup, de la danse infernale des stratégies douloureuses que nous pratiquons continuellement pour nous tenir, involontairement, à distance de nous-mêmes.

 

Ces quelques décennies, en lien étroit avec le monde de la spiritualité et du développement personnel, dans l'observation de ce qui constitue l'essentiel de nos quêtes et de nos errances, m'ont apporté, en plus de cette révélation « personnelle », l'enseignement le plus profond et le plus vivant sur la nature humaine. Le désir de témoigner s'est naturellement imposé, hors de tout cadre sécurisant, de toute tradition. C'est aujourd'hui ce que je fais quotidiennement parce qu'il n'existe plus d'autre impulsion que celle de partager ce miracle simple d'être vivant. J’invite les chercheurs et ceux qui ont cessé de chercher, de tous "bords" et de tous "milieux", de la non-dualité comme du New Age, à venir sur la plage des âmes nues partager la Joie de l'Abandon.

 

Depuis dix ans maintenant, j'invite le chercheur spirituel à un échange profond et intime sur les rouages de sa quête, à une rencontre avec soi défrichée du poids du jugement et des espoirs excentriques de l'ego spirituel. Ces dialogues sont, au-delà des mots, une invitation à la Paix, à la simplification, à l'éveil de ce qui nous est déjà si intime et que nous falsifions par nos croyances et nos attentes.

 

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© Thierry Vissac 2001-2010